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ROME, le 15 avril 1997

Un autre réseau que celui qui est à l'origine des initiatives de Crotone et de Naples tente de se mobiliser sur Rome sur la question du chomage et de la précarité, en rapport avec les marches européennes: ôle syndicalisme de base, les comités de précaires et de chomeurs, l'auto-organisation sociale et politiqueö, pour reprendre les termes de leur affiche -- plus prosaiquement, l'ARCA, les Cobas Scuola et le Coordinamento nazionale Cobas, autrement dit une partie de la constellation des syndicats dits ici ôde baseö ou encore ôalternatifsö. Il s'agit de syndicats de secteur, qui se constitués en rupture avec les grands syndicats dits ôreprésentatifsö -- ceux-ci ayant accepté de cogérer la ôcriseö sur le dos des travailleurs, en échange de la préservation de leur appareil et de leur poids institutionnel -- et qui ont joué un role décisif dans les luttes de cette dernière décennie (chez les enseignants, les cheminots, les pilotes, les télécoms, entre autres). Est encore dans toutes les mémoires la récente lutte des conducteurs de bus de Rome, qui, à l'appel d'un de ces petits syndicats de base, ont bloqué la circulation de la capitale, déclenchant l'ire du maire (vert, à la tete d'une coalition de gauche), lequel a officiellement demandé le licenciement de cinq personnes impliquées dans la lutte! Le réseau en question a appelé par voie d'affiches à trois initiatives : une ôassemblée de constitution du comité anti-Maastrichtö le 15 avril, un sit-in le 22 avril contre le ôpaquet Treuö (projet de loi en discussion qui légaliserait toutes les formes de travail précaire jusque-là pratiquées uniquement dans le cadre du travail au noir), et une marche aux flambeaux contre le chomage le 2 mai.

A cette assemblée du 15 avril, qui a réuni une vingtaine de personnes, il a en fait été question de la marche européenne -- présentation de l'initiative à l'échelle européenne, de l'action d'AC! et de la condition des chomeurs en France -- et des initiatives possibles en matière de lutte contre le chomage sur Rome.

Un membre de la toute nouvelle Associazione metropolitana per il lavoro, qui regroupe des chomeurs par le biais des ôguichets d'information sur le travailö implantés dans quelques banlieues de Rome, annonce qu'elle organise une manifestion pour le jeudi suivant devant la municipalité, pour réclamer que soient confiés aux chomeurs qui ont suivi les cours de formation associés aux ôtravaux socialement utilesö (un peu l'équivalent de nos futurs CIL) les travaux de rénovation actuellement confiés à de grosses entreprises privées -- les chomeurs pourraient alors se constituer en coopératives, ce qui, dit-il, couterait en outre beaucoup moins cher à la collectivité. Un membre de l'USI (syndicat anarcho-syndicaliste membre de l'ARCA) fait alors remarquer que le développement de coopératives de chomeurs risque d'aller dans le sens du démantèlement, voulu par la municipalité (de gauche), des services municipaux, où les salariés sont encore protégés de la précarité et de la flexibilité par un statut et des conventions. Une bonne illustration du danger que représente la lutte ôpour le travailö quel qu'il soit -- logique qui ne peut etre contrée que par la solidarité active des salariés dans la lutte contre le chomage.

Les présents décident cependant de venir soutenir la manifestation des chomeurs, et de faire en sorte de venir nombreux le 14 juin à Amsterdam. Le soir, dans les rues de Rome, j'ai vu plus d'une affiche d'Alleanza nazionale, le courant fascisant qui CSdomine actuellement le paysage politique à droite : eux aussi, ils appellent à une manifestation de chomeurs... Quelle est l'implantation réelle de l'extreme droite dans les banlieues pauvres de Rome ? Quel travail fait-elle auprès des chomeurs ? Aucun, m'a-t-il été répondu, elle ne fait qu'exploiter les erreurs des autres. Assez, cependant, pour pouvoir se permettre d'apparaitre sur la place publique...

Nicole


Le 16 avril, les Jeunes communistes ont organisé une manifestation publique de plus grande envergure que dans les autres villes. Leurs affiches color ées se rencontrent dans les rues de Rome, où les luttes à l'étranger sont prises comme modèles de référence : photo de CFDT en lutte au premier plan, intervenants de Vilvoorrde et d'Agir ensemble contre le chomage en tete d'affiche. La réunion publique se tient dans un lieu occupé depuis sept ans, le Village global -- pratique assez répandue en Italie puisque les 45 centres sociaux de Rome et des environs sont tous installés dans des locaux occupés illégalement.

La lutte de Vilvoorde retient l'attention en tant que lutte organisée à l'échelle européenne, dimension qui s'approfondit encore actuellement. Concernant l'expérience d'AC!, les organisateurs cherchent à comprendre comment s'est construit un mouvement capable de rasembler des chomeurs, des précaires et des salariés, capable d'unir des personnes de convictions politiques aussi diverses. Ici à Rome, disent-ils, aucun mouvement de chomeurs ou de précaires n'a vu le jour, et il n'y a pas de comité unitaire pour organiser les marches.

De marches, d'ailleurs, il sera peu question. On discutera surtout de la nécessité de construire un mouvement unitaire, d'étendre des réseaux sociaux au niveau international tout en ancrant les luttes dans les réalités locales. Le besoin se fait en effet sentir de trouver des relais pour soutenir une combativité ardente qui débouche sur des accords toujours défavorables et qui ne sont d'ailleurs pas respectés. Les Romains seront présents à Amsterdam pour dire non au néolibéralisme.

Michelle


FLORENCE

Le 16 avril au soir se tenait, au centre social CAP (qui occupe une usine abandonnée) une ôassemblée civileö où il était question de mettre sur pied une initiative contre le chomage à l'échelle de la province, à l'occasion des marches européennes. Quelques dizaines de personnes, venues de différents courants -- de Refondation communiste aux libertaires en passant par la CUB, autre regroupement de syndicats de base -- y participaient. Après une brève présentation de la marche et de ce qu'est et fait AC! en France, puis une franche explication où il a été reproché aux représentants officiels de la marche européenne d'avoir fait circuler l'information de facon sélective et d'avoir évité de fait connaitre la ôcontribution revendicativeö rédigée en France, les participants se sont mis d'accord pour faire un travail d'agitation autour de la marche par voie d'affiches, de tracts, de présence sur les marchés.

Nicole


LIVOURNE, le 17 avril

Livourne : ville portuaire et industrielle où les grosses entrepries locales et les chantiers navals se sont restructurés en comprimant drastiquement leur personnel. La ville compte aujourd'hui 30 000 chomeurs. Elle est gérée par une alliance de centre gauche.

L' ôassemblée publiqueö à laquelle nous sommes invitées à participer au soir du 17 avril, bien qu'appeléee de facon très unitaire, ne réunit que quelques dizaines de personnes. Ce qui n'empechera pas un débat riche. Pour expliquer comment les marches se sont mises en place, nous sommes amenées à parler d'AC, de sa construction et de ses revendications. L'accent mis sur le travail unitaire, sans hégémonie d'organisation, sans sectarisme, dans le souci d'expérimenter dans l'action et de mettre en commun les expériences, a suscité l'intéret et provoqué un début de débat sur le poids de la bureaucratie syndicale et sur l'importance de l'unité dans la lutte. A l'appui de ce principe, citons le témoignage d'un salarié de Siemens de Pise, où, dit-il, les travailleurs ont réussi, grace à une lutte unitaire, à décrocher à la fois une réduction du temps de travail et une augmentation de salaire.

Prennent ensuite la parole des membres d'un collectif de chomeurs de plus de quarante ans, qui depuis un an et demi cherchent à faire entendre leur voix à l'échelle locale et nationale. Ils dénoncent en particulier le fait que tous les concours publics sont interdits aux plus de quarante ans, et déplorent l'absence de réponse des syndicats autre que : prenez votre carte chez nous. A cette occasion, un débat s'instaure sur l'importance de la lutte pour la réduction du temps de travail sans perte d'acquis et avec embauches correspondantes.

Une journée d'action locale commune sur ce thème est envisagée, qui pourrait à la fois faire le lien avec les marches tout en prenant en compte les réalités locales sous la forme d'une plate-forme commune, à élaborer sur la base d'un travail d'enquete préalable. Comme quoi une initiative européenne peut aussi aider à faire avancer le débat au niveau local.

Michelle et Nicole

Michelle Panama


Marches europeennes contre le chomage,
la precarite et les exclusions
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Last Modified: Wednesday, May 7, 1997 at 09:29 AM