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European Marches against Unemployment - News and Archives


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Date: Mon, 1 Dec 1997 16:37:05 +0100
To: list_conflits_l <conflits_l@tao.ca>
Subject: En passant par Luxembourg (bilan)
Sender: owner-conflits_l@tao.ca
Precedence: bulk
Reply-To: conflits_l@tao.ca

 

EN PASSANT PAR LUXEMBOURG
Tentative de bilan (rapide) d'une initiative improvisée...

Lancée à quelques-uns, hors de tout cadre organisé, l'initiative «Un train
pour le Luxembourg» (1) s'inscrivait d'emblée dans la lignée des Marches
européennes qui ont convergées sur Amsterdam le 14 juin dernier (2), et de
la manifestation/rencontre européenne de Venise les 12-13-14 septembre. Il
s'agissait, même de façon modeste, de donner une fois de plus une
indication sur le nécessaire caractère trans-national des luttes sociales
aujourd'hui.
Initiée de façon improvisée, à peine deux semaines avant le rendez-vous du
«Sommet européen pour l'emploi» de Luxembourg, le 20 novembre, cette
initiative a aussi revêtu le caractère d'un véritable pari. En proposant
une action de réquisition, notre volonté était de brusquer le ron-ron
revendicatif et/ou un certains défaitisme ambiant. Il ne suffit pas pour
les chômeurs et les précaires de défiler pour leurs droits, mais bien
plutôt de les faire valoir dans l'action. Comme pour les occupations de
locaux d'Assedic ou d'organismes sociaux, qui sont menée par des collectifs
de précaires et de chômeurs ces dernières années, le propos était de
pointer vers la construction d'un rapport de force, vers la construction de
dynamiques de mobilisation à même de peser sur des pans de réalité.
Comme nous l'avons exprimé dans notre texte d'appel, cette action
symbolique - certes - entendait mettre en avant un contenu politique
articulé : «Nous voulons aller à Luxembourg sans payer parce que nous,
chômeurs, précaires, travailleurs, jeunes et moins jeunes, n'avons pas des
moyens de ministre pour nous déplacer. Mais surtout, il s'agit pour nous de
revendiquer le droit et le bénéfice du service public et sa gratuité. Une
manière de nous réapproprier une infime partie de la richesse sociale
produite et d'affirmer le droit à un revenu décent pour tous. Nous voulons
aller à Luxembourg en passant les différentes frontières sans exhiber nos
pièces d'identité afin d'affirmer que la libre circulation n'est pas
seulement réservée aux capitaux, aux marchandises et aux flics, mais bien
un droit élémentaire de tout individu, comme la lutte des sans-papiers en
France n'a cessé de le revendiquer.»
Une façon de mettre en avant des revendications qui nous semblent
essentielles :
- Pour réduction du temps de travail. Pour une réduction massive et
généralisée du temps de travail dans toute l'Europe, sans perte de pouvoir
d'achat, ni flexibilité et avec embauches correspondantes. Les 35 h (puis
32 h et au delà)  étant une première étape qui doit pouvoir être appliquée
partout !
- Pour un revenu garanti. Pour la garantie d'un revenu qui permette à tous
et toutes de vivre décemment, que l'on soit salarié à temps plein, avec un
temps partiel imposé, sous un statut précaire, travailleur intermittent ou
que l'on soit au chômage.
- Pour la libre circulation. Les capitaux, les marchandises, les flics sont
libres de circuler, mais pas les individus, les sans-papiers, les
sans-droits, les sans-revenus. Il est temps de montrer que ce monde nous
appartient en pratiquant la liberté et la gratuité.
Sur le déroulement lui-même de l'initiative, peut de chose à en dire, la
dépêche diffusée par l'AFP est, à ce titre, assez proche de la réalité :
«Paris - 20 novembre (AFP) - Une centaine de militants d'AC! (Agir contre
le chômage!) ont effectué jeudi matin une opération "réquisition", à la
gare de l'Est, consistant à prendre sans payer un train pour Luxembourg,
afin de participer à la manifestation syndicale européenne, à constaté
l'AFP. Le train à été retardé 35 minutes en raison d'une intervention
d'agents de la SNCF, accompagnés d'une vingtaine de policiers. Après
discussion avec les manifestants, la SNCF a décidé de ne pas effectuer de
contrôle de billets. "Les manifestants d'AC! n'ont pas de billets, car,
étant des chômeurs, ils n'ont pas les moyens de se le payer", ont expliqué
des responsables de l'association, qui disposent du soutien des syndicats
de cheminots CGT, CFDT, SUD-Rail et FMC (maîtrise et cadres).» (3)
Par contre du point de vue politique, plusieurs remarques doivent être faites.
1) Tout d'abord l'absence quasi totale de la "mouvance libertaire". Non
seulement l'essentiels des organisations libertaires - à part quelques
membres de Scalp-Reflex et surtout du collectif parisien «Dix-huitième
parallèle» - n'a pas participé, mais surtout n'a pas même exprimé l'ombre
d'un intérêt, ne serait-ce qu'en prenant position sur la proposition qui
leur était faite. Le fait est surtout notable en ce que ce milieu est, ou a
été, pour certains d'entre nous, notre espace politique "naturel", et que
nous en attendions sans doute (un peu naïvement) "plus". Il est vrai que
l'on ne peut pas se saouler de formules "radicales" toutes faites et
s'auto-convaincre qu'on est les "meilleurs" et, dans le même temps prendre
part à des luttes concrètes. Dont acte ! Nous saurons désormais sur qui
l'on peu compter réellement dans les luttes.
2) Il s'est déterminé, de façon certes ponctuelle, autour de la proposition
«Un train pour le Luxembourg» une convergence assez large entre des
individus et des réalités diversifiés, montrant que, au-delà des chapelles
et des divergences, pouvaient se dégager des perspectives de coopération
politique productives. AC! nous à apporté officiellement et pratiquement
son soutien. Cargo a contribué activement au niveau politique et
logistique. Mais il y a eut aussi les syndicalistes SUD-PTT, SUD-Rail et
CFDT «en lutte» (dont près de 200 militants ont pris le train avec les
"resquilleurs"). Enfin des inorganisés, des gens qui ne sont pas des
militants, des salariés qui, ne pouvant pas partir, sont quand même venus
le matin participer à la réquisition... Et des chômeurs venus gratuitement
de Grenoble et Bordeaux pour participer à cette action... Une conjonction
activiste informelle, large et diversifiée, qui s'est révélée bien plus
opérante que les gargouillis groupusculaires et les pudibonderies
idéologiques de beaucoup de ceux qui s'auto-proclament «révolutionnaires» !
Comme nous l'avons dit, depuis le départ, notre propos était d'initier une
dynamique, non de construire un nouveau groupuscule ou tendance : en toute
logique, le Collectif pour une Europe social - «Un train pour le
Luxembourg» disparaît au soir même de la manifestation du 20 novembre.
Reste que nous espérons que la leçon portera, qu'au delà de l'éphémère
convergence et son relatif succès, et que cette initiative aura permis
d'ouvrir de nouvelles perspectives... Pour participer à de prochaines
initiatives européennes ou internationales, pour développer aussi des
actions directes de chômeurs et de précaires (comme ceux qui ont occupé le
bureau du Centre d'action sociale de la Mairie du XIe arrondissement de
Paris, le 24 novembre, pour réclamer une aide d'urgence), ou pour un
nouveau "coup de folie" du style «un train pour Deauville»,  qui viserait à
porter à un prix "abordable" (gratuit!) des centaines de chômeurs et
précaires pour un week-end à la mer...
Aris Papathéodorou


(1) Nous proposions concrètement une montée collective, la plus massive
possible, en imposant la gratuité des transports et la libre circulation :
«Nous voulons aller à Luxembourg sans payer parce que nous, chômeurs,
précaires, travailleurs, jeunes et moins jeunes, n'avons pas des moyens de
ministre pour nous déplacer. Mais surtout, il s'agit pour nous de
revendiquer le droit et le bénéfice du service public et sa gratuité. Une
manière de nous réapproprier une infime partie de la richesse sociale
produite et d'affirmer le droit à un revenu décent pour tous. Nous voulons
aller à Luxembourg en passant les différentes frontières sans exhiber nos
pièces d'identité afin d'affirmer que la libre circulation n'est pas
seulement réservée aux capitaux, aux marchandises et aux flics, mais bien
un droit élémentaire de tout individu, comme la lutte des sans-papiers en
France n'a cessé de le revendiquer.»
(2) A cette occasion, 3000 italiens, à l'appel des Centres sociaux
autogérés, avaient "réquisitionné" deux train pour monter à Amsterdam, sans
payer, ni présenter de documents d'identité aux frontières.
(3) Seul petit "couac" de l'opération : Les 14 Bordelais, ont étés arrêtés
à Paris au retour, lors de l'opération «transport gratuit» qui devait les
ramener à leur port et ont passé quelques heures au commissariat du XIVe
arrondissement avant de pouvoir rentrer chez eux.

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Last Modified: January 5, 1998